Il pleut

Il pleut depuis hier soir.

J’ai envie de marcher sous la pluie, sentir ses gouttes couler sur ma peau et laver ma mélancolie.

La pluie tombe et j’ai envie de danser à son rythme mais je suis dans mon lit.

Le ciel est gris et il pleut dans mon cœur en jouant une triste mélodie. Triste n’est pas le mot, je dirai plutôt sans vie. Il y a des fourmis dans ma tête et ils ne cessent de bouger, ils m’empêchent de penser. Le vent frappe à ma fenêtre, fait vibrer les vitres mais n’arrive pas à faire dévier les gouttes de pluie. Elles sont fortes. Chacune d’entre elles a une mission à accomplir ; arroser une plante, cacher une larme, caresser un corps affamé, réanimer une âme. On doit penser à porter des maillots de bain en hiver.

Pourquoi se priver de ces gouttes envoyées du ciel ? Dès qu’elles commencent à tomber, on court se cacher sous les toits. Elles veulent laver nos péchés, nos tristesses, nous arroser, semer la vie dans nos corps. Les oiseaux, eux, ne se cachent pas. Ils sont libres. Nous, nous avons peur de gâcher nos chaussures, notre coiffure, notre maquillage, nous avons peur que les gouttes fassent tomber nos masques. Notre corps, nous le cachons avec des bouts de tissus. Nous cachons nos poils, nos cicatrices, notre excès de poids avec un jean serré qui fait rebondir nos fesses et raffermir nos cuisses. On se sent protégés, beaux, à l’abri de notre frustration, de notre manque de confiance et des regards accusateurs. La pluie veut nous réveiller, nous résistons. Les oiseaux n’ont rien à craindre. Nous nous cachons du ciel, des dieux. La pluie emporte nos déchets, et nous ne la laissons pas terminer son œuvre et emporter nos désespoirs.

La pluie m’appelle et je n’arrive pas à quitter mon lit.  Je veux courir contre le vent, frôler des gouttes et en boire d’autres. Et qui sait, si je reste suffisamment, elles peuvent pénétrer dans mes veines et emporter toute tristesse. Si je reste assez, elles peuvent laver les cris et les disputes… leur mélodie peut cacher à jamais les pleurs étouffés, les envoyer aux oubliettes ; et peut être que l’odeur de la terre mouillée remplira mes narines et remplacera le parfum du manque.

Redeviendrai-je enfant peut-être ?

La pluie a cessé et je suis toujours sous mes couvertures. La pluie n’a rien emporté. Tout est encore là, mon amertume, ma mélancolie, mon sourire fané, les fourmis et mon cœur qui tremble. La pluie a cessé et la vie a repris, les klaxons ont retenti à nouveau, mais rien ne couvre les bruits dans ma tête, plus insistants que les gouttes, plus forts que les klaxons. Sous ma longue chevelure, ils se cachent. Mes prières ne les ont pas fait partir non plus.

La pluie a cessé et tout est encore là.

Casablanca, Maroc - 2019.
par Ouiame FILALI MARZOUKI.

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